Entre Choc Géopolitique et Transition Stagflationniste
Les marchés mondiaux traversent une phase de turbulence majeure à la suite du conflit entre l’Iran et les États-Unis. Ce choc a eu des répercussions importantes sur les marchés : le brut a bondi de +65 %, les actions mondiales ont enregistré un drawdown maximal de -9,5 %, tandis que le taux à 10 ans américain a progressé de 50 points de base, à 4,43 % au plus haut. Sur le trimestre, le portefeuille 60/40 recule de -2,0 % en USD et de -1,0 % en EUR. Au cours du mois, notre modèle d’évaluation des régimes de marché est par ailleurs passé en mode risk-off, à la suite de la dégradation de l’ensemble de ses composantes.
Macro : vers un régime de stagflation ?
Il paraît peu probable que le Brent retrouve rapidement son niveau d’avant-conflit, avec des conséquences assez directes : moins de croissance et davantage d’inflation. Les prévisions pour 2026 ont ainsi été révisées à 2,3 % pour le PIB américain, tandis que l’inflation CPI remonte à 3,0 %. Le breakeven inflation à 2 ans a bondi à 3,29 %, contre 2,33 % pour le 10 ans, soit un écart de 96 points de base, traduisant un choc brutal mais encore potentiellement transitoire. Le spectre de la stagflation ressurgit ainsi et pourrait remettre en cause le cycle d’assouplissement monétaire amorcé par de nombreuses banques centrales.
Allocation prudente et discipline tactique
Dans ce contexte de marché marqué par la fragmentation géopolitique et le risque de débasement monétaire, la stratégie d’allocation avait été ajustée dès la fin février afin de privilégier la protection du capital. L’allocation d’actifs s’inscrit dans une logique de prudence active. Les portefeuilles restent globalement sous-pondérés en actions, en particulier américaines, au profit d’une diversification accrue vers les marchés émergents, le Japon et les actifs réels. Les matières premières, l’or et les actifs suisses sont privilégiés comme protections contre les risques de stagflation et de dépréciation monétaire, tandis que le cash conserve un rôle important dans l’environnement actuel. Nous conservons une forte surpondération les alternatifs liquides, en privilégiant des stratégies antifragiles afin de faire face aux risques de drawdowns des marchés. À l’inverse, la prudence reste de mise sur les marchés privés. Le segment du crédit privé montre des signes de fragilité, faisant émerger un risque de contagion à l’ensemble des actifs privés, en particulier aux fonds semi-liquides, qui se sont fortement développés ces dernières années.
Inflexion de l’environnement risk-off : entre résilience et opportunités
L’environnement risk-off invite à ne pas précipiter le « buy the dip ». Fin mars toutefois, des signaux de désescalade ont commencé à émerger, tant du côté de la Maison Blanche que du côté iranien, permettant une première inflexion du sentiment de marché. Cette évolution conduit à envisager des points d’entrée sur certains actifs particulièrement décotés : la Corée, dont les valorisations s’établissent autour de 7x les bénéfices, ou encore les « Magnificent Seven », revenues à leur plus bas relatif depuis 2019.
Pour autant, c’est bien la résilience des portefeuilles qui demeure la priorité, à travers un équilibre entre actifs réels et stratégies antifragiles.
Rédigé le 2 avril 2026, par Emmanuel Ferry, Union Securities Switzerland

